Les Enfants du Fady Kambana, Mananjary
Maïsi et Maïti sont jumelles, elles vivent à Mananjary, avec leur famille. Dans les origines du Fady Kambana, il se dit aussi qu’il est difficile d’élever des jumeaux ou des jumelles par manque ou insuffisance de moyens matériels.
Maïsi et Maïti vivent avec leur père Johnson, leur mère Raïssa, et leur grande soeur Mayronne. « La plupart de la famille s’est éloignée de nous, mais la famille très proche est restée ».
Elles ont 10 ans et vont à l’école publique à Mananjary. Maïsi rêve de devenir avocate et Maïti guide touristique.
Raïssa, leur mère, est infirmière à l’hôpital de Mananjary. “Je suis courageuse” affirme Raïssa lorsqu’elle évoque le fait d’avoir bravé la coutume en élevant ses deux filles jumelles. Très tôt, elle a expliqué à ses filles le Fady régnant sur la communauté, et elle leur en parle régulièrement maintenant.
Maïsi et Maïti vivent dans un quartier qui a été détruit par le cyclone Batsirai en 2022.
Puis par de violents incendies en Septembre 2025.
À Mananjary, le canal des Pangalanes divise la ville en deux parties. Historiquement, les déplacements par pirogue sur le canal facilitaient l’éloignement ou le placement des enfants jumeaux vers d’autres villages ou familles.
Il existe surtout différents récits et croyances concernant l’origine du Fady : Au XIXe siècle, un astrologue persuada Ranavalona Ire, l’autoritaire reine de Madagascar, que les enfants nés sous le signe des Gémeaux, signe puissant mais violent, étaient promis à un destin exceptionnel. Redoutant que cette puissance ne menace son propre pouvoir, la Reine ordonna aux parents de les tuer ou de les abandonner à l’entrée d’une étable. S’ils échappaient au piétinement des zébus, les nouveau-nés étaient alors autorisés à vivre.
Autre récit, à son arrivée à l’embouchure d’un fleuve au nord de Mananjary, le premier Antambahoaka aurait choisi son épouse parmi les femmes de la région. Enceinte de jumeaux, elle serait morte à la suite d’une fausse couche. Le malheur aurait aussi frappé sa deuxième, puis sa troisième épouse, également enceintes de jumeaux. Face à ces tragédies répétées, le chef du clan aurait juré que jamais sa descendance n’élèverait de jumeaux.
Fanatenane est un des quatre orphelinats de la ville de Mananjary. L’orphelinat a vu le jour en 1996, un couple de Français est à l’origine du projet. L’orphelinat souhaite protéger l’anonymat des enfants recueillis.
L’orphelinat Fanatenane a mis en place un centre médical.
Fanatenane acceuille uniquement des jumeaux et jumelles qui ont été abandonnés à cause du Fady, contrairement aux autres orphelinats de la ville. Il compte actuellement pas loin de 110 enfants, des jumeaux et de jumelles qui sont arrivés ensemble, ou séparés.
Mpanjaka faha XII est un des dix rois coutumiers des Antambahoaka. Il est le gardien de la tradition. Il est le seul roi à accompagner les familles qui souhaitent élever leurs jumeaux ou jumelles. Pour sa prise de position, il est tenu à l’écart par les autres rois coutumiers.
L’association Tsy manary zaza se situe dans le quartier Ambatolambo à Mananjary. jumeaux/jumelles peuvent les élever, au sein même de la ville, malgré l’interdiction de la coutume.
L’UNICEF était à l’origine de ce projet. Depuis plusieurs années, la communauté n’a plus de contact avec l’ONG.
Plusieurs familles ayant des jumeaux ou des jumelles cohabitent dans ce foyer, ce lui leur permet de rester à Mananjary, malgré le Fady qui pousse normalement les familles à quitter Mananjary.
Fasoavana et Fanomezena, 14 ans, vivent à Tsy manary zaza.
Tout comme Patricia et Patrice.
Et Sylvin et Sylvano, 16 ans.
Si certaines familles ont défié le Fady Kambana, certains jumeaux ou jumelles n’ont encore jamais rencontré leur frère ou leur soeur.
Travailler Sans Emploi, Perpignan
Dans le quartier du Bas Vernet à Perpignan, 75% des personnes vivent sous le seuil de pauvreté. Derrière cette porte, Yann, 44 ans, y a installé un jardin solidaire.
Yann est originaire de Dunkerque, il est arrivé il y a une dizaine d’années à Perpignan avec sa compagne Valérie.
C’est Valérie qui a eu l’idée du jardin solidaire. Elle travaille de temps en temps comme agent d’entretien, mais ses problèmes de santé l’empêche d’exercer correctement. Une partie des ses minimas sociaux lui a été retirée pendant une période. Valérie a toujours été dans l’associatif, elle a commencé le bénévolat dans la jungle à Calais.
Valérie a quitté sa vie à Gravelines, dans le nord, en 2015 pour fuir son ex-mari violent. Elle a démissionné du jour au lendemain, a laissé les clefs de sa maison dans la boîte aux lettres en prévenant Emmaüs afin qu’il vienne récupérer le mobilier.
Elle a emporté avec elle cinq de ces enfants, Yann, et quelques valises, dont cette valise bleue.
Les prénoms des 7 enfants de Valérie. Elle a perdu son fils Bernard d’une overdose quelques mois après être arrivée avec Yann à Perpignan.
Les jardins des maries où Yann et Valérie louent un petit morceau de terre à un agriculteur, avec leur argent.
À leur arrivée à Perpignan, Yann et Valérie, n’ayant ni voiture ni permis, venaient à pied d’une autre ville, Bompas à 8kms de Perpignan, plusieurs fois par semaine pour être aidés, et bénéficier des maraudes du quartier Saint Assiscle.
Yann vit aujourd’hui des minimas sociaux, après plusieurs passages en chantier d’insertion et des boulots en intérim. Il est papa de deux filles qui habitent dans le nord de la France. Il ne les voit plus. Yann traverse Perpignan quasiment tous les jours pour venir travailler sur le terrain, en bus, ou à pied.
Grâce au jardin solidaire, Yann compte monter un chantier d’insertion pour créer de l’emploi, créer son emploi. Et avec Valérie, c’est eux qui désormais organisent une maraude une fois par semaine, pour rendre la pareille.
Yann utilise Tik Tok et Facebook pour parler de la ferme, et faire des appels aux dons pour les maraudes qu’ils organisent avec Valérie.
Yann et Valérie gèrent les demandes d’aide et les donations via le Facebook de l’association.
Yann travaille sur la paperasse de l’association, il prépare un dossier pour avoir un terrain gratuitement par la mairie de Perpignan. Si il arrive à l’obtenir, il souhaite y monter son chantier d’insertion.
Dans le quartier de la maraude, la halte de nuit de la Croix Rouge porte bien son nom : il n’est plus possible d’y dormir, trop de débordements ont eu lieu, seul un petit passage est autorisé avant de repartir dehors.
Si les dons et les légumes de la ferme ne suffisent toujours pas, Yann et Valérie complètent les besoins de la maraude avec leur propre argent.
Toujours grâce aux appels aux dons via les réseaux sociaux, ils distribuent des affaires qu’ils ont récupéré et trié chez eux pour les distribuer durant les maraudes.
Julie, bénéficiaire de la maraude.
À leur arrivée à la gare de Perpignan, Yann, Valérie et ses enfants n’avaient pas de plan. Ils ont passé des coups de téléphone, trouvé un camping qui a accepté de les recevoir et ont vécu en tentes pendant plusieurs mois avec les enfants.
C’est parce qu’ils venaient à pied aux maraudes qu’ils ont pu avoir un peu d’aide pour faire vivre leur famille recomposée.